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Les artistes selectionnés - Prix de dessin 2018

Daniel et Florence Guerlain

Leiko Ikemura

Leiko Ikemura est née en 1951 à Tsu, au Japon.

Après avoir étudié la sculpture à Osaka, elle a poursuivi sa formation en Europe, notamment à Séville en 1972. Elle a vécu en Suisse, puis en Allemagne et vit aujourd’hui entre Cologne et Berlin. En 1983, elle réalise au Bonner Kunstverein (Bonn) sa première exposition personnelle et a depuis été exposée dans de nombreuses institutions dont, en 2017, le Kunstmuseum d’Ahrenshoop et le Nevada Museum of Art. Ses œuvres font partie des collections du Centre Pompidou, des Kunstmuseum de Bâle, Zurich et Berne, du Musée d’art moderne de Tokyo et de la collection de Florence et Daniel Guerlain.

Elle est représentée par les galeries Karsten Greve (Paris) et Michael Fuchs (Berlin).
Photo : ©DONATA WENDERS.

Ses formes semblent douces et floues, métamorphoses entre personnages, animaux et paysages.

Mais c’est un travail bien plus engagé que donne à voir Leiko Ikemura, dévoilant délicatement ses points de vue sur le féminisme et les enjeux écologiques et politiques des États. Les sujets sont souvent identiques, qualifiés même de « très simples » et réitérés depuis des années dans une pratique quasi performative. Simplicité équivaut à évidence pour cette artiste d’origine japonaise dont la lecture du travail s’est faite tout d’abord au prisme de cette double culture. Elle se souvient que lorsqu’elle est arrivée en Europe, on ne cessait de l’interroger sur le ressenti d’une femme plasticienne asiatique, ce qui explique sa propension à développer un corpus autocentré, où elle sonde la question des genres et des nationalités. Problématiques dont elle veut également s’affranchir dans cette liberté de l’Europe d’après Mai 1968. « C’était une période très intense, rappelle-t-elle, pas faite uniquement de protestations, mais aussi d’utopies. » Ainsi traque-t-elle de manière obsessionnelle les représentations de visages et de corps, sujets inépuisables et qui renvoient à l’étude de la nature humaine. Elle a beaucoup lu les théories de Nietzsche, Gœthe et Virginia Woolf. Elle se « dissèque » et analyse les autres en multipliant les dessins même si, en parallèle, elle réalise toujours des peintures et des céramiques. À partir des années 1990,

Leiko Ikemura réoriente son travail, en réaction à un marché de l’art dominant et à une société qui va trop vite. Elle renouvelle sa perception de l’espace et mène une réflexion qui s’ouvre davantage au monde. Les formes n’en sont que plus intriquées, sources de métamorphoses et de communions de différents éléments. « La transformation rejoint la notion d’émergence de la création et mon travail s’attache depuis à une approche plus expansive. » Tandis qu’elle relit ou découvre des auteurs japonais comme Teitaro Suzuki ou Jun'ichirō Tanizaki, elle intègre une sorte de cosmogonie naturelle. Toujours avec des moyens plastiques qu’elle veut simples, voire bruts, et un emploi restreint de couleur ou de matériaux quasi-artisanaux, elle crie en sourdine l’injustice des catastrophes écologiques. Nul ne le verra de manière littérale, mais elle témoigne de la nécessité de ne pas oublier le drame de Fukushima de 2011.

C’est un caractère d’urgence qui est transmis dans une infinie lenteur. Une contestation chuchotée, mais essentielle, dans laquelle l’artiste interroge son rôle dans la société