Les artistes sélectionnés - Prix de dessin 2023

Melvin Way

Passionné par les sciences et les formules mathématiques, Melvin Way regarde et analyse l’humanité, en produisant quantité de talismans qui le protègent tout au long de son parcours de vie.

Suivre l’itinéraire de Melvin Way, c’est aussi se plonger dans la matrice de New York… S’immiscer dans le Brooklyn des années 1960 où il grandit, avant d’atterrir sur l’île de Ward, où il fut un temps SDF, avant de se ré¬fugier au sein d’un hôpital psychiatrique. Il y rencontre le plasticien et éducateur Andrew Castrucci, qui l’encourage dans son travail naissant. Petit à petit, il développe un uni¬vers constitué de milliers de papiers couverts d’écritures, de lettres ou de chiffres, le plus souvent en noir et blanc, mais aussi en bleu, vert, rouge ou rose. Ces dernières années, il a pris de plus en plus de libertés avec la couleur du feutre ou de l’encre et avec la notion d’espace, aérant ses signes sur des surfaces toujours très réduites. Elles détiennent des formules scientifiques, réelles ou magiques, que l’homme peut aisément expliquer, même s’il enrichit son discours de propos mystiques sur ses nombreuses vies et métiers. Affirmant, entre autres, avoir été pré¬sident des États-Unis plus de trente fois à aujourd’hui 68 ans, il atteindra 473 ans l’an prochain… Cela lui permet d’observer et de s’interroger sur le monde dont il pense avoir acheté de nombreux pays, tels que Porto Rico, ou des villes comme New York. Melvin Way voit la vie humaine comme une sphère et il rappelle que ses premiers dessins portaient sur l’existence du temps. Il se concentre ainsi sur les caractéristiques des atomes ou des ions, inscrits très vite et de manière obsessionnelle sur ses feuilles, afin d’accompagner sa vivacité d’esprit. Ses écritures cabalistiques traitent également de médecine réparatrice, évoquant la fragmentation du corps humain, avant d’embrasser le système solaire et l’univers. Mû uniquement par ses propres réflexions, il s’approche, par hasard ou par génie et depuis plusieurs années, des questionnements sur la notion de genre et pose même celle de la racialité. Car ils l’entraînent vers une réflexion beaucoup plus ample sur la solitude et la finitude. L’ayant expérimenté quand il vivait dans la rue, Melvin Way parle du fait d’être invisible et le transmet dans ses formules volontairement complexes et difficiles à déchiffrer. Sans avoir de formation artistique, il visite les musées et les églises, s’attardant à regarder les tableaux des grands maîtres. Dans un positionnement d’égal à égal et avec sa fantaisie temporelle, il pourrait sous-entendre être l’auteur de certaines toiles (il dit être la main de Rem¬brandt) avant de retourner à ses innombrables dessins, qui sont à la fois son refuge et sa protection. (texte de Marie Maertens).


Sans titre, v. 2010,
encre sur papier et Scotch, 20 x 10 cm
Collection particulière.
©César Decharme. 

Lyreeverette,
n.d., stylo à bille sur papier,
11,4 x 10,2 cm
Courtesy Andrew Edlin Gallery, New York.
©André Morin 

Sans titre, v. 2010,
encre sur papier et Scotch,
10 x 15 cm
Collection particulière.
©César Decharme 

Sans titre
Techniques mixtes sur papier

Courtesy Escale Nomade, Paris
collection Florence et Daniel Guerlain
crédit photo André Morin