build your own website

Les artistes selectionnés - Prix de dessin 2018

Daniel et Florence Guerlain

Juul Kraijer

Juul Kraijer est née en 1970 à Assen, aux Pays-Bas.
Elle a étudié à l’Academy of Fine Arts de Rotterdam, où elle vit et travaille. En 1995, elle réalise sa première exposition personnelle à Gele Rijder, d’Arnhem, tandis qu’elle a exposé, en 2017, au Huis Marseille Museum for Photography, à la galerie Papillon, et au Stedelijk Museum Schiedam.
Ses œuvres font partie des collections du Centre Pompidou, de la Fondation Louis Vuitton et de la collection de dessins de Florence et Daniel Guerlain (Paris), mais aussi du MoMA (New York), ou du Museum Moderner Kunst (Vienne).
Elle est représentée par Galleria Monica De Cardenas (Milan et Zuoz) et Vadehra Art Gallery (New Delhi). (New Delhi).
Photo : ©UMA VALLIATHU.

Pour certains artistes, des sujets s’imposent d’eux-mêmes, sans qu’ils aient le sentiment d’en avoir fait le choix. Ainsi, chez Juul Kraijer, les thématiques du visage et du corps humain ont émergé dès qu’elle a commencé à dessiner et ne l’ont jamais quittée. Plus de vingt ans après ses premières feuilles, et même davantage si l’on prend en compte ses travaux d’adolescente, l’artiste néerlandaise ne s’est jamais lassée de ses innombrables représentations humaines, évoquant même le terme d’empreintes qui l’habitent. Majoritairement au fusain, au crayon sur feuille blanche ou de couleur, parfois enrichi d’aquarelle, le corps y est donné à voir dans toutes ses dimensions spirituelles et intellectuelles. Chaque position a été observée, mais aussi diverses métamorphoses et transformations, se référant à une histoire de l’art qu’elle a beaucoup étudiée. Juul Kraijer a grandi dans un environnement où les lettres classiques et les antiquités font partie du quotidien, se nourrissant, aujourd’hui encore, des Métamorphoses d’Ovide. Pour autant et paradoxalement, elle avoue préférer, hormis pour l’art non occidental, la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance, « avant que n’apparaisse la perfection de Raphaël, quand les formes étaient encore naïves et que le style pouvait témoigner d’un caractère quelque peu maladroit» Ses propres dessins peuvent mettre un an avant d’être achevés et sont exécutés avec une grande concentration, voire un sens éminent du détail. Juul Kraijer fonctionne par «images mentales» et associations d’idées qui naissent dans son cerveau de manière immédiate. On l’a parfois associée à un certain symbolisme ou à la littérature d’un Gustave Flaubert ou d’un William Blake. C’est l’une des interprétations possibles, notamment quand elle décide de transporter le spectateur dans une temporalité non définie. Mais le quotidien et la beauté d’un visage aperçu la touchent tout autant qu’un masque bouddhique ou une effigie précolombienne. Aucun message direct n’est à transmettre dans ses feuilles, si ce n’est la volonté de transcender les frontières des enveloppes charnelles. Implicitement peut s’immiscer l’idée de la mort et de la décomposition, donc d’une vanité contemporaine, mais c’est bien davantage la cosa mentale du corps humain et celle du visage qui fascinent l’artiste. Ainsi, comment mener une carrière entière autour de thèmes qui ne sont pas le cœur du propos ? « Pour moi, ce ne sont pas des sujets, mais les réceptacles me permettant de développer ce qui compte vraiment, à savoir l’être humain et la transcendance. »