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13° Prix de dessin
de la Fondation d’art contemporain 
Daniel & Florence Guerlain



Tandis que la passion de Florence et Daniel Guerlain pour
le dessin poursuit son parcours à l’étranger – aujourd’hui
Vienne, en attendant Moscou en octobre prochain –
le travail des trois artistes sélectionnés pour le prix 2020
sera présenté au Salon du dessin à Paris pendant une semaine.
Le lauréat sera élu et annoncé le 26 mars.


Florence et Daniel Guerlain (©Marie Ethel Pimpaneau).

PRESSE :  Janvier 2020   

POINT DE VUE

PRESSE :  Decembre 2019   

THE ART NEWSPAPER DAILY

Table ronde : Mai 2019

CONSERVATEUR, COMMISSAIRE D’EXPO, CURATEUR OU ARTISTE?

PRESSE :  Avril 2019

LE FIGARO

Du 11 octobre 2019 au 26 janvier 2020 a lieu à l’Albertina de Vienne l’exposition « A passion for drawing », d’une partie de votre donation au Centre Pompidou.

Comment s’est-elle organisée?

Le conservateur du Cabinet d’art graphique du Musée national d’art moderne, Jonas Storsve, était allé à Vienne pour la réunion annuelle de ses pairs, au moment où nous venions de faire la donation de mille deux cents dessins. Il était donc très fer d’annoncer cette nouvelle d’un grand enrichissement puis, quelques temps après, nous sommes allés à l’ouverture de l’exposition « Drawing Now», à l’Albertina. Nous y avons rencontré la curatrice Elsy Lahner, ainsi que le directeur général, Klaus Albrecht Schröder, qui nous a témoigné de son souhait de présenter des œuvres de la donation. Par la suite, tout s’est organisé tranquillement entre les deux musées, alors que nous faisions quelques allers et retours à Vienne, car nous sommes toujours les ambassadeurs de la collection que nous avons cédée. Pour cette magnifque exposition, Elsy Lahner a choisi seulement une vingtaine d’artistes, afn d’en montrer de beaux ensembles, qui se répondent avec bonheur.


Ce type de manifestation modifie-t-il le regard que vous portez sur votre propre collection?

Non, pas vraiment, mais lors des expositions, nous sommes toujours heureux de revoir les œuvres dans une appréhension globale.

Donc, ce qui a quelque peu changé le regard que nous portons à notre collection actuelle, est l’envie de poursuivre la constitution d’ensembles de travaux des mêmes artistes. Même si ce désir peut ôter une certaine spontanéité dans nos achats…



Cette année, les trois noms sélectionnés pour le Prix de dessin, Callum Innes, Florian Pumhösl et Juan Uslé, s’inscrivent, chacun dans un style bien précis, dans la tradition de l’abstraction.

Comment les avez-vous élus?

Nous avons, dès le départ, voulu privilégier trois artistes traitant de l’abstraction, notamment à partir du travail de Callum Innes, que nous avions dans notre collection. Nous étions également familiers des œuvres de Juan Uslé, que nous avions acquises il y a de nombreuses années, et avons découvert, plus récemment, le dessin de Florian Pumhösl. La sélection fnale se déroule toujours de la même manière: dès que nous avons fni de regarder la vingtaine de dossiers soumis par les membres de la commission, nous commençons à rendre visite aux plasticiens dans leur atelier, leurs galeries ou à revoir leurs pièces dans les musées.

Ces rendez-vous sont déterminants dans nos choix et cette fois-ci, nous avons abouti, complètement par hasard, à trois hommes! Comme nous aimons les échanges avec le public, nous serons ravis de connaître son avis, lors de l’annonce des nommés le 12 décembre 2019.












Textes Marie Maertens

Artistes sélectionnés

13° Prix de dessin de la Fondation d’art contemporain Daniel & Florence Guerlain.
Callum Innes

Callum Innes

Avec ses aquarelles et toiles aux tonalités délicates, Callum Innes s’inscrit dans la continuité d’une œuvre d’art épousant les notions de spiritualité et de nihilisme, tant sa démarche picturale provient d’un évidement, voire d’une facement de ses propres gestes.
Aux débuts de sa carrière, Callum Innes est en effet un peintre figuratif, à l’époque où les artistes tutélaires se nomment Georg Baselitz, Markus Lüpertz ou Jörg Immendorff et s’illustrent dans une démarche expressionniste et virulente qui happe le regardeur en quelques secondes.
Callum Innes s’érige contre cette forme d’évidence, préférant « ce qui prend du temps à découvrir et ne se comprend pas immédiatement». Il ressent le besoin de s’éloigner d’une initiale impulsion expressive, afin que le travail puisse parler de lui-même » et, progressivement, ses images se dissolvent, dans le cœur du papier ou en s’amalgamant les unes aux autres. Il s’amuse à prétendre qu’il y a peu à voir, puis aime surprendre par une fausse symétrie ou un centrage un peu désordonné.
Pour autant, la « physicalité», un mot qui revient souvent dans son vocabulaire, demeure et s’élabore dans le contrôle.
L’œuvre doit ensuite gagner en autonomie et s’affirmer en plusieurs périodes. Celle de la création est toujours assez rapide, mais lui succède le temps passé à l’atelier, parfois plusieurs mois, voire plusieurs années avec la possibilité de retoucher l’œuvre ou de l’écarter…
Avec un sens shakespearien de la dramaturgie, Callum Innes ne rechigne pas à témoigner de la fragilité humaine et à offrir la possibilité de l’échec. Par ces appositions de multiples couches, il flirte avec le moment de trop, qui rendra le travail caduc. Il est d’ailleurs assez cocasse qu’on lui ait soumis un projet autour du Chef-d’œuvre inconnu d’Honoré de Balzac, nouvelle traitant de la recherche de la perfection… qui à son paroxysme aboutit à sa destruction. Cette nécessité de l’expérimentation pousse l’artiste à produire beaucoup et à se régénérer, tout en demeurant dans un registre de tonalités restreintes – avec un duo soutenu de bleu et d’orange dans ses aquarelles. Ces tons évoquent les ciels de William Turner, mais disent aussi comment une dominante foncée en active une plus claire, et Callum Innes rappelle l’emploi récurrent du noir chez Henri Matisse, vant les couleurs environnantes. L’important est ensuite de se positionner face à l’œuvre, « en étant mentalement et spirituellement à sa place », avant que celle-ci puisse
débuter son propre dialogue avec le spectateur. 

Florian Pumhösl

Florian Pumhösl

Dans des lignes précises et à la fois souples et sensuelles, Florian Pumhösl développe l’histoire de l’abstraction et du minimalisme. Sa pratique du dessin – accompagnant celles de la peinture, de la sculpture et de la vidéo – est faite de répétitions et d’exercices dans lesquels il interroge l’essence et la réalité mêmes de l’œuvre d’art.
Dès ses premières réalisations, Florian Pumhösl assume d’employer l’abstraction comme une thématique globale. Le modernisme du xxe siècle lui fournit ainsi un vocabulaire dont il décide
d’être un témoin ou un passeur. « Nombre de mes références viennent des courants d’avant-guerre, débute-t-il. Toutefois, je ne les regarde pas pour leur caractère historique, car je me concentre visuellement sur des œuvres encore intactes, radicales, voire utiles ou désirables. » En dehors de ces repères formels, il s’empare de sujets concrets, à l’exemple des Salines de Guérande, pour leurs compositions, des illustrations médiévales de la Torah, pour leurs arrangements pré-géographiques, ou d’autres cartographies et tissus, qui vont provoquer en lui un choc visuel. Il élabore ensuite sa propre géométrie, dans l’émancipation qui suit souvent la connaissance parfaite, interrogeant la possibilité du pictural à notre époque.
« L’abstraction, poursuit-il, permet de résoudre des problèmes purement plastiques, tout en pensant au lien entre l’imaginaire et le réel, dans la continuité d’un dialogue avec les générations précédentes et de la question de la place de l’auteur. »
Que l’œuvre soit minimale, à l’exemple de celle d’Agnes Martin, qu’il admire particulièrement, elle n’en reste pas moins tangible. Que les artistes El Lissitzky, Piet Mondrian ou Teo Van
Doesburg, qu’il cite encore, soient identifiés parmi les fondateurs de l’art abstrait, ils n’en ont pas moins réféchi aux notions d’espace. Ainsi, Florian Pumhösl élabore-t-il des positionnements infnis de lignes, droites et courbes, ou de tampons encreurs dont il fait la collection et qu’il aime apposer sur de très fins papiers japonais. Ses tracés, réalisés avec des pigments naturels gris ou au Crayola rouge, génèrent sans cesse de nouvelles fctions et explorations picturales.
« Pour mon type de travail, conclut-il, le dessin demeure la matrice de recherches sur les proportions, les textures et les compositions.»
Sans omettre qu’il s’autorise, par ce médium, une douceur et une sensualité certes sous-jacentes, mais bien réelles.

 Juan Uslé

 Juan Uslé 

Les aquarelles de Juan Uslé – territoires de dégradés de couleurs et de jeux de transparence – font en effet cohabiter l’histoire de l’abstraction et les réminiscences de paysages, tout en accompagnant sa propre respiration et son autobiographie. Ayant étudié en Espagne, l’artiste se forme à l’époque où dominent Antoni Tàpies, Manolo Millares, Antonio Saura ou Luis Feito, de ce geste matiériste qu’il découvre aussi à la Fondation Juan March, de Cuenca, premier musée espagnol dédié à l’art abstrait. Dans les années 1980, il s’installe à New York, fasciné par le caractère insulaire de la ville et la qualité de son anonymat.

Régulièrement, il va observer les refets de la lune et les mouvements graphiques sur l’eau de l’East River, qui se traduisent chez lui en trame. Il se confronte, de visu, aux peintres qu’il admire, notamment Joan Mitchell, Barnett Newman ou Mark Rothko. Puis, il expérimente la musique minimale de Steve Reich, écoutée en parallèle de chants religieux ou tibétains, afn de se positionner dans un certain état d’esprit, avant que le travail à l’atelier ne s’accomplisse dans une extrême concentration.

Tracer, dépeindre, répéter le geste… C’est en suivant les battements de son cœur et de sa respiration – il perçoit même l’écoulement de son sang – que Juan Uslé développe la subtilité des tons à dominante de bleus, verts, gris ou noirs, mâtinés de quelques jaunes ou rouges.
« J’analyse la réaction d’une couleur par rapport à une autre, précise-t-il, et je juge de leur transparence ou de leur densité en imposant de nombreuses variations à mes lignes. »
Il emploie alors les mots de vibrations, de sonorités, de liquidité ou de fuidité et quand on lui demande quelles sont ses aquarelles préférées, il répond : « les plus dynamiques, expressives et musicales d’une certaine façon ». Le travail porte sur des mouvements spécifques, créant le rythme et jouant avec la lumière.
Les diférentes surfaces semblent avancer et reculer, engendrant un va-et-vient au sein de l’œuvre et une nouvelle forme d’espace qui redéfnit la perspective traditionnelle. Juan Uslé réalise ses dessins à la manière de rituels, qui le font se sentir à la fois déconnecté et totalement relié au monde..